Voici un recit completement fictif de la corruption en Inde. La corruption est partout.
La police dans la rue.
Vous avez ete 37 a voter, et 18% d'entre vous ont eu raison de choisir la derniere reponse, 6000 roupies par jour. Mais tout ne va pas dans la poche de l'agent de circulation puisque la police fonctionne selon un systeme pyramidal ou chacun reverse la plupart de ses gains a l'echelon superieur. Alors, demanderez-vous, comment le superieur peut-il se garantir un revenu fixe en provenance de ses subalternes? D'apres mes informations, fictives toujours, il fixe un tarif journalier, charge aux plantons de se debrouiller pour percevoir les pots-de-vin. D'ailleurs comme ceux-ci constituent un joli complement au salaire, un poste sur Anna Salai se monnaierait cher... aupres des superieurs qui decident de l'affectation.
Un camion tourne dans une rue interdite, devant un policier. L'assistant chauffeur lui lache dix roupies.
La police arrete les vehicules, a tort ou a raison, et il y a toujours deux options: insister pour payer l'amende "officielle" ou demander un "discount".
Etant etranger, je n'ai jamais oh grand jamais ete confronte a la corruption.
Voici donc le recit des peripeties d'un jeune expatrie anonyme basé à Chennai. Il est francais, appelons-le Vincent. Vincent fait du marketing dans l'alimentaire. Bien evidemment tout cela est fictif, officiellement il y a tres peu de corruption.
En tant qu'etranger, Vincent est traite un peu differemment des indiens puisqu'a chaque fois qu'il se fait arreter a moto, l'agent de circulation le rabat vers l'officier assis dans sa voiture a l'ombre, qui est souvent le seul a parler anglais. Vincent, soucieux de preserver l'image de son pays d'accueil, souligne que l'officier est en general moins prompt a demander un bakshish.
A Goa en Octobre dernier, Vincent roulait sur une moto de location, sans casque, pourtant obligatoire la-bas (mais non fourni). Goa fourmille de touristes, une manne pour les autorites locales. Un policier en embuscade au bord de la route lui fait signe de m'arreter, il obtempere (a l'epoque il ne savait pas qu'on 'pouvait' fuir et que les chances etaient faibles qu'il y ait des suites). Vos papiers. Immediatement il lui faut expliquer qu'il n'est pas un touriste et qu'il veut payer le tarif indien. Voila voila, il sort sa carte de resident, son permis francais de son portefeuille rebondi. Vous roulez sans casque, je dois vous mettre une amende... dit l'officier d'un air desole. C'est 1300 roupies (une fortune!!) Combien vous avez, demande-t-il a l'étranger. Question piege. Vincent repond: "Je suis paye en roupies, comme vous, c'est normal que j'aie des roupies". Il negocie sa liberation gratuite, mais l'officier lui dit en montrant ses collegues avachis sur des chaises en plastique a l'ombre: "We need something, for our tea".
Le tea est une institution, impossible de refuser sinon retour a la case 1300 roupies.
Le jeune francais s'en sort a 250 roupies, sans justificatif. Et l'agent de lui dire, "tu te feras arreter au retour aussi, tu leur dis juste que tu as regle ca avec moi..."
Il y a deux mois, le heros fictif s'est fait arreter a moto sur la route du retour de Mahaballipuram, pour exces de vitesse. Oui, c'est limite a 40... mais tout le monde pratique le double depassement en virage a 80km/h. Est-ce une raison pour faire de meme? Oh non, mais pour ne pas rester a 40, si. La police a recu gratuitement de Hyundai des voitures toutes neuves (en echange pour un credit d'impot pour leur usine en banlieue... no comment) et il y en a justement une garee a l'ombre au bord de la route. A cote, les vieux 4x4 recemment equipes de cameras et, dit-on, de radars. Le francais s'arrete donc. La il ne faut pas rigoler, il a affaire à "l'elite" de la police chennaite. On l'envoie vers l'officier. "Vous rouliez trop vite". "Ah bon, non je ne trouve pas... je depassais juste cette voiture la que vous avez arrete aussi". "Si, si, vous rouliez a peu pres a 70". Le 'a peu pres' a attire son attention. "Vous avez mesure 70? Ca m'etonne parce que je roulais plutot a 40, je ne depasse pas les limites de vitesse, moi", dit-il avec un sourire. Et il montre du doigt le toit du 4x4, en particulier le radar couvert d'une bache, visiblement hors service. "Il marche votre radar? Parce que ca m'etonne ce que vous me dites..." Le policier admet que le radar ne fonctionne pas. La il a perdu toute credibilite et il le sait. Il me montre une feuille plastifiee, avec trois colonnes. Le nom de l'infraction a gauche, puis deux chiffres. Il pointe vers Rs300. Vincent trouve ca cher. Justement a gauche sur la meme ligne, il est ecrit 140. "This is the student discount? Because that would be better for me" Ils rient tous les deux (bon, Vincent se force, lui). Et il s'en sort pour Rs100, promptement echanges derriere la voiture.
Si le francais dont nous parlons existait, pourrait-on dire qu'il
encourage la corruption par des pratiques scandaleuses? Il repondrait sans doute qu'il faut s'adapter au pays pour survivre. Et que ca c'est son comportement en tant que personne privee, le week-end.
Hier, le gardien du parking de l'aeroport ou arrive Vincent et ou l'attend son chauffeur, exige Rs60 de frais de stationnement alors qu'il est clair qu'il n'y a pas eu de stationnement. Ils refusent; le gardien menace d'appeler la police, qui est visiblement de meche. Vincent est ici en fonctions officielles, pas question de jouer avec l'image de ma societe. Il paie Rs60.
En prive (ou un jour ou j'ai plus le temps de choisir mes mots) je vous parlerai de la corruption de fonctionnaires publics, telle que pourrait la vivre Vincent. Tout ce que les pouvoirs locaux demandent aux entreprises, et qu'elles refusent de donner, et les ennuis que cela leur attire.
Du coup, tout est plus long, Vincent rate peut-etre quelques opportunites et points de croissance, mais tant pis, au moins lui il respecte la loi et le soir il dort tranquille.
Les commentaires récents