La devise indienne se casse la figure, l’inflation atteint des niveaux record, la croissance montre des premiers signes de ralentissement…
C’est une grande surprise pour tous ceux qui croyaient que l’économie indienne était “bullet-proof”. Que se passe-t-il?
La Roupie Dévisse
Depuis le début de l’année, la roupie indienne ne cesse de se déprécier face a l’euro et même au dollar dans une moindre mesure. Traditionnellement, elle oscille entre 1/54e et 1/58e d’euro. Mais il faut de plus en plus de roupies pour acheter un dollar ou un euro.
La tendance à la baisse s'est particulièrement accélérée en mai et nous avons même dépassé le 1/68e d’euro la semaine dernière. Ca fait tout de même 20% de dépréciation en quelques mois.
Certes, pour les exportateurs, c’est une manne. Bien sur, tous mes amis expatriés qui travaillent dans le textile ou l’ameublement ont de quoi se réjouir, ils empochent un complément de marge. Mais cet effet positif a une amplitude limitée car contrairement à la Chine à qui une devise sous-évaluée réussit très bien, l’Inde dépend nettement moins de ses exportations (elles représentent seulement 85% des importations).
En revanche, les importations coûtent de plus en plus cher, par exemple les produits électriques et électroniques durables fabriqués en Chine ou, bien plus anecdotiques, les produits de luxe en provenance d’Europe. Mais cela encore n’est pas trop grave pour l’économie indienne, qui ne se nourrit pas que Vuitton et de TagHeuer vendus a la classe supérieure. Certains diront même que c’est l’occasion pour l’Inde de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’étranger et de renforcer son industrie de produits manufacturés durables. Pourquoi pas, mais cela reste à prouver.
Plus grave, la chute de la roupie pose un véritable problème en matière énergétique: l’Inde importe 70% de ses besoins énergétiques qui eux-mêmes croissent trois fois plus vite que le PIB (22% contre 8%). Ainsi, le baril a augmenté de 51% en roupies depuis le début de l’année. Aux cours actuels, le pétrole représente la moitié des importations indiennes en valeur. Quelqu’un doit bien payer l’addition donc pas étonnant que l’inflation s’accélère.
Les investissements étrangers en pâtissent aussi. D’un cote, ceux qui parient sur un renforcement de la roupie peuvent investir a bon compte, mais ils sont bien peu nombreux. Tous les autres investisseurs n'ont en effet pas vocation a laisser leurs gains en Inde bien longtemps et sont pour le moins inquiets. Or à mesure que la roupie baisse, pour chaque roupie rapatriée ces investisseurs perdent d'avantage à la conversion... Cela inquiète le gouvernement indien, qui craint que les investissements en provenance de l'étranger ne diminuent.
En tous cas il y a bien un effet positif pour vous lecteurs : c’est le moment de voyager en Inde et de faire du shopping !
Le Petrole fait Flamber l’Inflation
Ensuite l’inflation a atteint le niveau record de 8.24% (fin mai). C’est extrêmement préoccupant, c’est autant que la croissance du PIB 2008 qui est estimée entre 8 et 8.5%.
Comment en est-on arrivés la ? Les réponses sont les mêmes que celles que vous avez lues en France : pétrole et l'alimentation. Sauf qu’ici les proportions sont différentes.
Le pétrole d’abord. Vous avez vu l’effet de la chute de la roupie, qui augmente le coût du baril. Mais ici la plupart des pétroliers sont publics et le prix des carburants n’est pas fixé librement mais par le gouvernement. Impossible donc, de répercuter la hausse des coûts sur les prix de vente. [A ce sujet je vous invite à relire mon post sur les déboires du raffineur privé Reliance qui a fermé toutes ses stations]
Les pétroliers reçoivent des subventions de l’Etat pour maintenir les prix bas. Mais elles ne suffisent pas. Ainsi, les pétroliers publics perdaient 100 millions par jour, encore la semaine dernière. Indian Oil, le plus grand pétrolier indien a publié sa première perte nette depuis bien longtemps: -28% du profit de la même période en 2007. Passe encore. Mais bien pire, IOC a déclaré que si rien n’était fait pour augmenter les prix de vente, il n’aurait plus assez de trésorerie pour importer du brut a partir de septembre !! Alors l’Inde a du changer de tactique pour faire face a la situation catastrophique.
La semaine dernière, le gouvernement a décrété une hausse des prix de vente d’environ 10% (11% sur l’essence, 9.5% sur le diesel, 17% sur les bouteilles de gaz de ville, mais 0% sur le kérosène, pas celui des avions, celui qui brule dans les réchauds et qu’utilise l’essentiel de la population).
La mesure aidera les pétroliers mais passe très mal auprès des particuliers. On sait déjà qu’elle entraînera une hausse de 0,65pts d’inflation supplémentaire. Il faudra bien que quelqu’un paie.
Fin mai, quand la rumeur s’est emparée du sujet, des centaines de particuliers, chauffeurs de camion et autres rickshaws faisaient la queue devant les stations services pour faire le plein « à bon compte ». Lesquelles stations ont vite fait de rationner l’approvisionnement jusqu'à la hausse officielle des tarifs (vu à Pune, jeudi 29 Mai).
En même temps, Sonia Gandhi, présidente du le parti du Congres a invité les Etats de l’Union indienne à réduire les taxes qui pèsent sur les carburants (jusqu'à 50% sur l’essence, 33% sur le diesel, selon les Etats), en particulier celles sur le prix de vente final aux consommateurs. L’objectif était clairement de réduire l’impact sur les consommateurs (les élections sont proches), puis de freiner l’inflation.
Mais compte-tenu que les taxes sur les produits pétroliers représentent une des premières sources de revenus des Etats, il est peu probable que cette recommandation soit beaucoup suivie. A ma connaissance, seul le West-Bengal, bastion du communisme indien (CPI-M : Communist Party of India – Marxist) a annoncé baisser sa « TVA » sur les carburants.
La question que personne ne pose est : « à quand la prochaine hausse ? ». En effet, ces hausses, certes bienvenues pour l’Etat et les pétroliers, ne couvrent qu’une partie des pertes. Le déficit pétrolier est de 37mds d’euros (année fiscale 08-09), la hausse des prix en paiera 3mds, les coupes fiscales à l’importation autant, et le reste… c’est obscur… le gouvernement émet des obligations… Tout cela est d’autant plus incertain que le déficit pétrolier a été calculé en supposant un brut à $123… Hmm.
Cette inflation galopante nourrit ensuite la chute de la roupie de manière assez automatique, et on a un début de cercle vicieux.
Bref chers amis, on a quelques soucis, et ca ne risque pas de s’améliorer tout de suite.
Il y a certes matière à s’inquiéter, mais tant que la consommation n’est pas affectée, tout porte à croire que l’Inde continuera de croitre au rythme auquel elle nous a habitués –ou presque. A mon sens, c’est là l’indicateur à surveiller pour le moment.
A plus long terme, tant que les investissements d’infrastructure (le facteur limitant de la croissance pour le moment) continuent, je ne me fais pas trop de soucis. Le tout est de savoir si l’Etat, touché violemment dans ses finances par la crise pétrolière, et dirigé par des coalitions politiques fragiles, saura faire les bons choix et ne resserrera pas les cordons de la bourse.
Quelques liens :
http://sify.com/finance/fullstory.php?id=14687838
http://economictimes.indiatimes.com/Oil_price_hike_hit_small_businesses_worst/articleshow/3111942.cms
http://news.google.co.in/news?ned=in&hl=en&ned=in&q=india+oil+hike
http://devdata.worldbank.org/AAG/ind_aag.pdf
http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/IND/fr/NE.EXP.GNFS.ZS.html
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